L’ennui est tellement sans mystère. La caméra l’enregistre impassiblement, en plans larges. Mais déjà l’atmosphère est étonnamment tendue, on ne sait pourquoi. On imagine pourquoi.
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"Rond-point Chatila" de Maher Abi-Samra
Au début, tout est très simple. L’ennui est tellement sans mystère. La caméra l’enregistre impassiblement, en plans larges. Mais déjà l’atmosphère est étonnamment tendue, on ne sait pourquoi. On imagine pourquoi.
C’est à ce moment qu’Abi-Samra invente une manière originale d’élargir son champ de vision : en allant voir ce qui se passe au second plan. En rapprochant le second plan. En transformant le second plan en premier plan. Voilà l’idée. Voilà une idée. Une idée toute bête (mais les idées au cinéma sont toujours bêtes comme bonjour), une idée toute simple. Comment relier les plans ? En traversant l’espace. Mais pas l’espace abstrait de ce qui n’est pas filmé. Non : l’espace construit au préalable par le plan précédent. Voilà une idée, toute simple, et à vrai dire géniale. Il n’y pas d’espace « en soi », le cinéma seul peut réinventer le monde. Le monde « en soi » est inimaginable, et le rôle du cinéma est de le reconstruire à partir de ce qui existe. Le cinéma seul peut faire exister le monde que le spectateur ne connaît pas.